Morrin College

Informations historiques :

L’édifice du Morrin College, conçu par l’architecte de Québec François Baillairgé (1759-1830), est érigé de 1808 à 1812 pour servir de prison commune. Il s’élève sur l’emplacement de l’ancienne redoute Royale, mise en chantier en 1712, qui a servi de prison au XVIIIe siècle. L’édifice de Baillairgé, qui est utilisé comme établissement pénitentiaire de 1813 à 1867, est la plus ancienne prison commune du Bas-Canada. La construction est interrompue en 1811 afin de procéder à une révision des coûts. L’immeuble est complété à la suite du vote de nouveaux crédits l’année suivante. Il nécessite néanmoins des travaux supplémentaires dès 1817, en raison de vices de construction.

François Baillairgé, qui appartient à une dynastie d’artistes et d’architectes, est l’un des principaux architectes québécois du XIXe siècle. En raison de sa formation parisienne, ses réalisations se démarquent de celles plus traditionnelles et standardisées de ses contemporains. Il intègre des apports palladiens et renouvelle l’architecture de son époque. Il réalisera plusieurs œuvres marquantes au Québec, dont le palais de justice de Québec érigé en 1799, maintenant détruit, et la prison de Trois-Rivières.

À la suite de débats sur la réforme du système pénal entre 1826 et 1830, les autorités gouvernementales chargent l’architecte Frederick Hacker (vers 1802-1846) d’apporter des modifications à la prison. Les transformations visent à rendre l’édifice plus sécuritaire et conforme aux nouvelles idées sur l’incarcération et la réhabilitation des prisonniers. Durant cette période, la prison reçoit des personnes qui se sont rendues célèbres, comme le journaliste et patriote Étienne Parent (1802-1874) ainsi que Philippe Aubert de Gaspé (1786-1871), emprisonné pour dettes.

Le gouvernement de l’Union accepte la construction d’une nouvelle prison sur les plaines d’Abraham, à la fin des années 1850, afin de remplacer l’édifice jugé désuet. En 1861, la vieille prison est vendue au Morrin College, qui veut y aménager son école. Cette institution, affiliée à l’Université McGill fondée suite à un legs du docteur Joseph Morrin (1794-1861), maire de Québec à deux reprises; elle dispensera l’enseignement supérieur aux membres de la communauté anglophone jusqu’en 1902. Le Morrin College ne prend toutefois possession du bâtiment qu’en 1867, après le déménagement de la prison, et l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy (1830-1903) apporte des modifications à l’intérieur et à l’extérieur. L’architecte atténue l’aspect sévère de l’édifice et démolit les quatre tours des latrines de la façade arrière. Le Morrin College ouvre ses portes en 1868. L’édifice abrite également la bibliothèque et le musée de la Société littéraire et historique de Québec, qui avait été fondée en 1824 par le gouverneur général, Lord Dalhousie (George Ramsay, 1770-1838). Cette société savante a pour objectif de conserver, de mettre en valeur et de diffuser les documents historiques de l’histoire canadienne. Elle a publié jusqu’en 1924 les « Transactions », où elle rendait compte de ses activités scientifiques, ainsi que les « Historical Documents », qui sont des réimpressions de documents originaux traitant des débuts de l’histoire du Canada. Après la fermeture du Morrin College, l’immeuble accueille plusieurs autres associations de la communauté anglophone de Québec. La Société littéraire et historique de Québec se transforme peu à peu en bibliothèque communautaire privée de langue anglaise.

L’édifice du Morrin College est classé en 1981. Le bâtiment est acquis par la Ville de Québec en 1989, qui entreprend sa restauration extérieure. En 2004, il est cédé pour 99 ans, par bail emphytéotique, à la Literary and Historical Society of Quebec. L’intérieur est alors restauré et l’édifice accueille maintenant le Morrin Centre, pôle culturel de la communauté anglophone de Québec.

– Patrick Donovan, juin 2015

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